Flox Ploitation chronique Silence Rouge:
"Avec son ambiance grisâtre et presque déprimée, se déroulant dans un aire urbaine pluvieuse qui connaît une vague de crimes violents, "Silence Rouge" s'inscrit d'emblée dans le genre du polar froid et réaliste plus que dans celui de l'horreur pure et dure. Une sensation décuplée par la totale immersion des lecteurs dans la peau des personnages principaux,... à la manière d'un thriller qui serait filmé caméra à l'épaule et suivrait des événements en temps réel (on pense parfois aux films "Scènes de crimes" ou "Seven").
Dans un premier temps, nous nous retrouvons dans la tête d'une jeune fille avec qui nous partageons ses déboires mais qui va aussi connaître un épisode particulièrement douloureux, à savoir le meurtre de sa sœur. Dès ce moment, un nouveau personnage va faire son apparition (Maxime, le petit ami) et c'est dans son corps et son esprit que nous poursuivons le reste du récit.
Une transition qui peut paraître brutale tant cette première interaction entre l'héroïne et le lecteur est réussie, mais qui finalement se déroule de manière tout à fait naturelle grâce à une narration très fluide. En effet, se glisser dans la peau de Maxime permet de situer le lecteur dans une situation de flou total par rapport à la suite du récit. Même si nous suivons 'en direct' ses péripéties en compagnie de son amie, il n'empêche que celle-ci semble de plus en plus distante et se distingue par un comportement étrange.
A l'instar du personnage de Maxime, le lecteur navigue lui aussi en eaux troubles. Nous naviguons sans cesse entre le polar urbain et la littérature fantastique. Certains passages sont brutaux, violents, hyper-sanglants (les meurtres) alors que l'instant d'après, nous errons dans une ambiance purement fantastique à la Jean Rollin, lorsque l'on suit les pérégrinations des deux protagonistes dans un Reims désertique qui semble plongé dans la pénombre pour une durée illimité, et en proie à une secte d'illuminés.
Un mélange des genres et surtout d'ambiance qui aurait pu être déroutant et pourtant, qui fonctionne. Le style limpide de l'auteur et l'identification immédiate du lecteur aux personnages permettant une alternance de décor et de climat à chaque chapitres, sans que cela ne nuise au déroulement du récit.
Une histoire, d'ailleurs, qui ménage un bon rythme et de nombreux rebondissements, si bien qu'il est difficile de connaître la fin sans avoir lu le livre jusqu'à la dernière ligne. De même, on notera l'effort de l'éditeur d'avoir réactualisé l'histoire (publiée en 1994) à l'époque d'aujourd'hui.
De ce fait, j'ai hâte de me procurer "La chair sous les ongles", du même Brice Tarvel, et publié aux Éditions Rivière Blanche."
Merci à lui !